Dimanche 1 novembre 2026
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Histoire du scrabble : Les mots

La première fois que j’ai vu, bien dessiné sur un tableau noir, un dessin tout rond comme les roudoudous que je suçais à la sortie de l’école, j’ai trouvé que c’était rigolo… J’avais appris la lettre O et j’étais très fière. Et quand j’ai connu toute la grande famille des 26 dessins, je m’amusais à les reproduire sur u…

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La première fois que j’ai vu, bien dessiné sur un tableau noir, un dessin tout rond comme les roudoudous que je suçais à la sortie de l’école, j’ai trouvé que c’était rigolo… J’avais appris la lettre O et j’étais très fière. Et quand j’ai connu toute la grande famille des 26 dessins, je m’amusais à les reproduire sur un grand cahier bleu en m’appliquant au mieux pour que le E ne ressemble pas au L. Et puis un matin, le miracle, abandonnées les petites lettres solitaires, nous avons commencé à les marier, deux lettres côte à côte et j’ai découvert un mot.

Jusqu’à ce jour, je n’avais même pas conscience de leur existence, je parlais mais je ne connaissais pas les mots, je disais des paroles, j’appelais les choses par des noms, des noms que l’on m’avait appris. Et puis, très vite, j’ai compris que je devenais amoureuse des mots ! Je m’amusais à les faire entrer dans des cases blanches entre des cases noires, j’essayais de les faire rimer et quand ils chantaient à mon oreille, tous les espoirs m’étaient permis.

Plus tard, bien plus tard, j’ai découvert que sept lettres pouvaient m’offrir deux minutes et demie de bonheur, de frisson, de panique, deux minutes et demie de rêves ou de cauchemars et pendant près de deux heures, plusieurs fois par semaine, le ressac incessant de ces quelques minutes vient s’échouer sur ma table de jeu, deux minutes et demie pendant lesquelles seuls, face à face, nous essayons de nous trouver, et les bulles sont venues remplacer les O de mon enfance.

Les mots ! Que serions-nous sans eux !

Amis scrabbleurs, vous qui êtes aussi amoureux des mots, je vous en prie, veillez à leur bonheur, avec un brin de tendresse et beaucoup de sollicitude. Ne les condamnez pas à des indignités qui les font tant souffrir. Que de mots malheureux ! Quand ils mendient un peu d’amour, ne les méprisez pas. Apprenez à les connaître, à les comprendre. Ne les avalez pas pour les passer au presse-légumes et n’en retenir que quelques lettres bêtement mises côte à côte sans souci de leur langage ou de leur vie. Que de mots bafoués ! Qui un jour, abandonnés, quitteront sans regret notre cher dictionnaire simplement parce que nous les avons négligés.

Les mots sont le langage du monde et les complices des joueurs de scrabble, ils vivent en nous car nous leur avons ouvert la porte (ou quelqu’un l’a ouverte pour nous). Nous nous devons tous d’être leur porte-parole, parce que demain nous serons peut-être celui ou celle qui poussera la porte d’un inconnu pour qu’ils s’y engouffrent. Nous devons donner envie de les aimer, pour que tous les passionnés des jeux de lettres viennent avec nous, sans appréhension et sans complexe, partager notre plaisir de jouer avec eux.

Et si vous voulez trahir les mots, vos amis, par pitié pour eux ne criez pas trop fort, laissez-les bien au calme afin que ceux qui ont envie de les dorloter ne soient pas gênés par le bruit. Et surtout n’oubliez pas que si les mots nous font vibrer, nous leur devons des politesses.

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