Cet article, paru dans Scrabblerama au début des années 1990, rend hommage à un homme qui a beaucoup fait pour le développement du scrabble duplicate en France (et ailleurs), en portant la bonne parole dans la « France profonde ». On peut dire qu’il fut l’un des recruteurs les plus efficaces, et nombre de joueurs lui doivent d’avoir rencontré la Fédération grâce à lui.
Le Tour de France de scrabble est un évènement ouvert à tous qui a lieu tous les ans depuis des années, et pourtant de nombreux scrabbleurs n’en ont jamais entendu parler, qu’ils soient licenciés à la Fédération ou seulement amateurs. À l’occasion de la 21e étape qui se déroule aux Lilas (à côté de Paris), nous avons rencontré Raymond, un belge passionné qui organise et anime cette épreuve depuis son origine. Il nous raconte.
Cette manifestation est indépendante de la Fédération, même si celle-ci lui accorde son appui et homologue la finale en quatre parties. Elle n’est par ailleurs sponsorisée par aucun annonceur. Et la publicité est principalement faite via des articles dans les journaux locaux, et ponctuellement grâce à FR3 ou aux radios libres.
Au départ, une vingtaine de villes étapes sont choisies aux quatre coins du pays. Elles sont retenues, soit à la demande d’un comité régional qui désire ouvrir un club dans une « zone déserte » où le scrabble n’est pas encore implanté, soit au contraire, dans des villes où notre jeu est bien connu (il faut aussi jouer la sécurité). Chaque étape s’étend sur 6 jours : du mardi au vendredi on fait découvrir le duplicate à ceux qui ne le connaissent pas grâce à des séances d’initiation ; et le samedi et le dimanche, on organise des parties visant à sélectionner, selon des calculs complexes, les joueurs qui pourront participer à la grande finale, et ce dans six catégories. Les finales des deux derniers Tours ont rassemblé entre 300 et 400 joueurs.
Quand le public répond à l’appel (ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas), c’est environ 200 joueurs qui s’inscrivent aux différentes parties de la semaine (soit 130 en initiation et 70 en qualification). Les conséquences du passage dans une ville étape ne sont pas négligeables. Raymond estime que, sur les 8 000 joueurs au total qui ont pris part au dernier Tour, il y avait environ 60 % de néophytes qui ne connaissaient pas le duplicate et que parmi eux, un tiers environ ont fréquenté par la suite un club local. Par ailleurs, 32 clubs se seraient ouverts suite aux cinq Tours précédents, dont Saumur et Aurillac par exemple.
Mais tout n’est pas toujours facile, conclut Raymond. Car si certaines zones sont propices au recrutement (le Nord-Est notamment), d’autres sont difficiles à pénétrer (en particulier le Centre). Et la France n’est pas la seule concernée puisque des étapes sont parfois organisées en Belgique, en Suisse et même au Luxembourg.
M.N.