Mercredi 12 août 2026
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COMITÉ VAR ESTEREL DU SCRABBLE

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Histoires du Scrabble

Histoire du scrabble 29 - Ambiance de championnat

Pour ceux qui n’ont jamais eu le plaisir de participer à une finale de championnat de France de scrabble, je vais essayer de vous en faire ressentir l’ambiance avant, pendant et après la compétition. Tout d’abord, quand un joueur entre dans la salle où va se dérouler le tournoi, la première chose qu’il fait c’est consu…

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Pour ceux qui n’ont jamais eu le plaisir de participer à une finale de championnat de France de scrabble, je vais essayer de vous en faire ressentir l’ambiance avant, pendant et après la compétition. 

Tout d’abord, quand un joueur entre dans la salle où va se dérouler le tournoi, la première chose qu’il fait c’est consulter la liste des joueurs afin de voir quelle table numérotée lui a été attribuée. Cette liste est facile à repérer car elle est scotchée sur un mur à l’entrée de ladite salle et souvent, devant elle, un attroupement s’est déjà formé. C’est donc généralement l’air martial que l’heureux qualifié pour la finale se présente devant la liste en pensant : « Je devrais sans problème gagner quelques rangs, tel et tel joueurs peuvent, certes, occasionnellement briller, mais ma régularité devrait me permettre de les devancer ! » L’espoir est toujours de mise avant de démarrer une partie. 

Dans la salle, les contacts sont toujours très sympathiques : les habitués des festivals sont heureux de se retrouver et la passion pour notre jeu facilite le contact entre nouveaux voisins. Telle une ruche qui bourdonne allègrement, personne n’écoute les annonces, sans doute importantes, du préposé au micro. 

La partie va commencer. Dès l’énoncé du premier tirage, on sait qu’il n’y a pas de mouche dans la salle, sinon on l’entendrait voler ! Seul bruissement caractéristique d’un tournoi de scrabble, le furtif cliquetis des caramels que les 600 joueurs extraient simultanément de leur support. Ce quasi-silence ne sera troublé que par la chute inopinée, mais assez fréquente, de la plaque métallique du numéro de table, une toux ou un éternuement irrépressible, voire le chuchotement d’un arbitre en mal de conseils. L’annonce du top ne provoque pas la moindre réaction ? C’est bon signe, tout le monde est au top, à moins que certains soient trop écœurés pour manifester quoi que ce soit. Parfois cependant, généralement au fond de la salle, s’exhale un profond soupir qui pourrait bien signifier : « Comment ai-je pu rater ce mot ? Je l’ai joué au club la semaine dernière ! » 

Il arrive parfois, mais très rarement, à l’annonce du mot choisi que la salle explose. Ça commence par un semblant de grondement à un moment où l’on n’aurait dû percevoir qu’un chuintement sur la neige, mais le top que presque personne n’a vu a déclenché une avalanche de points. Faisant fi des sempiternelles consignes du responsable du tournoi, l’ensemble des joueurs, frustrés d’être restés silencieux jusque-là, laissent libre cours à leurs sentiments. Enfin, pas tous, il en est de secrets… 

À la fin de la partie, c’est la libération. Les langues se délient, certains s’enquérant poliment du résultat de leur voisin de table. Un jour, ne me suis-je pas fait vertement rabrouer par une joueuse que je ne connaissais pas, parce que je lui demandais innocemment si la partie la satisfaisait : « Ça ne vous regarde pas ! De quoi vous mêlez-vous ? » C’est rare, mais ça arrive, soyez prévenus. 

À la sortie, où épouses attentionnées et princes consorts, qui avaient été chassés du fond de la salle avant le début de la première partie (risquaient-ils de fournir des antisèches ?), attendent aussi fiévreusement leur candidat au titre de champion qu’un futur bachelier devant l’affichage des heureux élus. Ils ne comprennent strictement rien aux conversations des joueurs qui se posent de graves questions, comme par exemple celle-ci : « Un débineur peut-il reprocher à un ‘badineur’ de s’être moqué du mari de la buandière qui passait par là ? » Ou bien celles-là : « Le plumage du lanier offre-t-il une douceur identique à celle du lainer de cette étoffe ? En quelle langue jouez-vous donc ? Vous avez joué TERLENKA et vous n’êtes pas content ! Pourquoi n’êtes- vous pas allé skier au lieu de vous enfermer dans cette salle ! » 

Après chaque partie, l’ambiance restera la même, un peu électrique intérieurement mais résolument cordiale entre tous les participants, chacun sachant qu’il n’est pas à l’abri d’un manque de mémoire, de concentration ou d’organisation, mais espérant que le nonuple habituellement honni viendra aujourd’hui le secourir et lui permettre (ne le répétez pas) de battre son meilleur concurrent et ami qui, lui, ne le trouvera sûrement pas. Quel que soit le résultat de chacun, la résolution finale sera probablement : « Si je suis qualifié l’an prochain, je tenterai ma chance. Avec l’expérience, le stress sera moindre et je ne commettrai certainement pas des bourdes aussi énormes que cette année. » 

L’espoir fait vivre ! Vous aimez le sport, même intellectuel. Alors, si ça n’est pas déjà le cas, inscrivez-vous dans un club de scrabble et vous vous y ferez des amis. Ce n’est plus un passe-temps de vieillard cacochyme. Alors, on se retrouve bientôt dans un championnat ? Si nous nous retrouvons assis à la même table, promis, je ne vous demanderai pas comment s’est passé votre partie. 

 C.B.

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