
En 2001, mon club de Vourles (près de Lyon) participe pour la première fois à la finale des interclubs* qui se déroule sur un week-end, à Reims cette année-là. Nous avons décidé de faire le trajet en voiture en prenant l’itinéraire le plus rapide, l’autoroute, car les quatre heures et demie de trajet nécessaires pour parcourir les presque cinq cents kilomètres ne nous font pas peur.
Notre équipe est constituée de sept joueurs et joueuses, tous très motivés et heureux de vivre cette aventure. Comme aucun d’entre nous ne possède un véhicule pouvant accueillir sept passagers, nous décidons de partir à deux voitures en se suivant. Justement, l’une des voitures est la mienne que je suis allée chercher chez le concessionnaire deux jours plus tôt. L’intérieur sent encore bon le neuf et je suis bien contente de profiter de cette petite virée pour la prendre en main.
Voilà donc que nous quittons Lyon ce samedi, tôt le matin, répartis dans les deux voitures. La journée avait pourtant mal commencé, l’un de nous (il se reconnaîtra) ayant eu une panne de réveil, nous partons finalement avec presque une heure de retard. Les conditions météo sont bonnes et nous nous disons que nous arriverons à destination quand même suffisamment à l’avance pour prendre possession de nos chambres d’hôtel et déjeuner quelque part avant le début de la compétition à 14 heures.
Le trafic est dense mais la route se passe bien. Entre nous, l’ambiance est bonne, comme à chaque fois qu’on fait voiture commune pour se rendre à une compétition régionale. Je suis en deuxième position et je prends un réel plaisir à découvrir ma nouvelle voiture. Mais après seulement un tiers du trajet, vers Beaune, les choses changent brutalement… Au loin, on devine une masse noire inerte sur la chaussée qui grossit à mesure qu’on s’en approche. Arrivée à sa hauteur, la voiture de mes amis devant nous fait un écart pour l’éviter. Bien avisée, je fais de même. Nous constatons alors qu’il s’agit d’un gros pneu de camion éclaté, d’ailleurs celui-ci est garé sur le bas-côté un peu plus loin. Ouf ! Nous sommes passés à côté sans encombre. Mais notre joie ne dure qu’une fraction de seconde. Un coup d’œil dans mon rétroviseur et je vois que la voiture qui nous suit de près (un peu trop près d’ailleurs) n’a pas la même chance que nous. Restée sur sa voie, elle freine et part en tête-à-queue. Désormais hors de contrôle, elle se rapproche dangereusement de nous. Pas le temps de réagir… Le véhicule nous télescope à l’arrière. Le choc est tellement violent que nous faisons deux tours sur nous-mêmes, frôlons la barrière centrale de sécurité à deux centimètres (si, si !) et finissons enfin par nous arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence. Heureusement, dans notre déroute nous n’avons percuté aucun autre véhicule et personne n’est blessé. Mais ma nouvelle voiture toute neuve est complètement emboutie, impossible de continuer avec, elle n’aura pas vécu longtemps. (Je la récupèrerai quand même trois semaines plus tard après des réparations conséquentes). Mais pour l’instant, je suis effondrée et secouée, et je pense que la finale est fichue !
Nous mettons un moment à nous remettre de nos émotions et à nous résigner à abandonner nos espoirs de finale. Heureusement, nos amis qui roulaient dans la première voiture se sont arrêtés et viennent nous consoler (et moi en particulier). Non non, ils ne veulent pas continuer la route sans nous. Nous sommes une équipe, pour le meilleur et pour le pire. Nous resterons solidaires. Nous sommes bien décidés à ne pas nous lâcher les uns les autres !
Les minutes passent. Ensemble, nous attendons les gendarmes. Nous faisons les déclarations nécessaires. Une demi-heure passe encore et la dépanneuse arrive. Elle emmène ma pauvre voiture et nous dépose chez un loueur de voitures où nous récupérons un nouveau véhicule. Le reste de l’équipe suit toujours dans l’autre voiture. La matinée est bien entamée et nous sommes à 340 kilomètres de Reims, presque trois heures de route. Que faire ? Demi-tour direction Lyon ? Ou tenter d’arriver à Reims avant le début du championnat ?
– Il ne faut pas lâcher, dit l’un d’entre nous.
– Oui tu as raison, il faut tenter le tout pour le tout, renchérit un autre.
– D’accord, mais roulons prudemment, on a eu assez de stress pour aujourd’hui, conclut un troisième.
Et voilà donc notre convoi reparti, plus soudé et plus déterminé que jamais. Le stress retombe et on reprend espoir. Les calculs sont vite faits, pas le temps de passer à l’hôtel ni de se poser pour déjeuner. On fera une halte sandwichs rapide en route.
Le trajet jusqu’à Reims se déroule sereinement, voire même gaiement, et finalement, on arrive à la salle où a lieu le tournoi… dix minutes seulement avec le début de la première partie. On se félicite d’y avoir cru jusqu’au bout ! Mais pas le temps de tergiverser, il faut passer à autre chose et jouer. Allez l’équipe ! Par miracle, à peine assis sur nos chaises, nous oublions notre mésaventure et nous nous concentrons sur le jeu. Nos résultats du samedi ne sont pas mauvais. Et après une bonne nuit de sommeil, nos résultats du dimanche sont bons ! Tellement bons, que nous remportons la coupe des interclubs… la première pour notre club ! Nous avons bien fait d’y croire.
J.M.
*NDLR : le Championnat de France interclubs est un tournoi de duplicate par équipes de joueurs licenciés dans un même club qui a lieu chaque année.