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COMITÉ VAR ESTEREL DU SCRABBLE

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Histoire du scrabble 17 - Hippolyte Wouters développe le duplicate (1)

Histoires du Scrabble Publié le 25 mars 2026

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Un pionnier déterminé 

 

En ce début des années 70, Hippolyte Wouters, avocat à Bruxelles, était un grand amateur du jeu de scrabble, celui des familles comme on dit aujourd’hui, celui où l’on joue plus fréquemment à trois ou quatre joueurs, où chacun essaie de s’en sortir au mieux avec les lettres qu’il a piochées. Le destin, bien inspiré, a voulu qu’il soit prévenu par une amie commune, qu’une compatriote avait imaginé une nouvelle façon de jouer qui limitait le facteur chance : le duplicate. Les règles étaient simples : chacun disposait des mêmes sept lettres, cherchait la solution la plus rémunératrice, comptabilisait ses propres points et plaçait sur sa grille la meilleure solution trouvée. 

Curieux, Hippolyte Wouters rendit visite au couple Fabri, à l’origine de cette nouvelle formule de jeu. Instantanément, à sa découverte, il en comprit tout l’intérêt et même au-delà. « Bon sang mais c’est bien sûr ! » pourquoi limiter le nombre de joueurs à quatre ? Le duplicate pouvait se jouer simultanément avec un nombre considérable de joueurs ! Seule la disposition des lieux et leur contenance pourraient en limiter la participation. Immédiatement, Hippolyte Wouters perçut tout le potentiel que l’on pourrait en tirer.   




 Reconnaissons que le destin a bien joué son rôle : inventer le duplicate pour l’une, mettre en relation deux personnes par l’intermédiaire d’une amie et, confier le développement à un homme qui, plein de passion et d’obstination, mit toute son énergie à développer ce mode de jeu, d’abord dans son entourage, puis en Belgique, puis dans toutes les nations francophones ! 

 

Les premiers essais donnèrent pleinement raison à Hippolyte Wouters : cette méthode de jeu était très prometteuse ! Encore fallait-il établir des règles qui puissent être aisément comprises par tous. Un premier test joué avec un ami, tout autant passionné de scrabble que lui, confirma la vision qu’il en avait eue. Très vite, d’autres amateurs essayèrent le jeu, et les règles du duplicate furent définies. De plus en plus de joueurs adoptèrent la nouvelle formule qui, de fait, connaissait un succès fulgurant. L’engouement fut tel, qu’après seulement quelques mois, plus de soixante participants se disputèrent le tout premier championnat de duplicate de Belgique ! Et suprême honneur, la télévision belge vint filmer cette compétition pour le moins originale. Les médias n’étant pas aussi nombreux qu’aujourd’hui, énormément de téléspectateurs virent le reportage et furent séduits par ce nouveau jeu. Conséquence de ce gros coup de publicité, dix clubs furent créés en l’espace de deux mois, et un premier championnat national fut organisé en Belgique, l’année suivante en 1971. 

 

À l’heure où le marché commun se construisait, il ne fut pas difficile au duplicate de traverser la frontière franco-belge. Ainsi en 1972, un petit nombre de joueurs se retrouvèrent à Cannes pour disputer ce qui peut être considéré comme le tout premier championnat du monde. Les Français n’hésitèrent pas d’ailleurs à parler de « scrabbelge » mais la formule valait bien plus que cette appellation restrictive, tant l’universalité du duplicate devenait évidente. 

Hippolyte Wouters, tout en boutade, se déclara volontiers champion du monde de cette première compétition puisqu’il était l’un des rares à en connaître parfaitement le règlement. Ce fut sa première et dernière victoire, mais peut-être la plus importante aux yeux de tous. 

 

De retour en Belgique, il n’eut de cesse de poursuivre ses efforts, d’organiser des compétitions et de structurer ce qui est devenu une Fédération nationale, jusqu’à parvenir à la consécration suprême : la création de la Fédération Internationale de Scrabble Francophone (FISF) dont il devint le premier président. 

Nombre d’évènements majeurs ont permis à cet homme d’être présenté aux joueurs de scrabble, à qui il relatait avec beaucoup de talent cette authentique aventure. L’écriture de pièces de théâtre, à laquelle il s’est exercé ensuite, le confirme dans l’art de la rhétorique. 

 

Afin de rendre hommage à Hippolyte Wouters et à l’investissement incroyable dont il a fait preuve pour séduire, convaincre et finalement construire, voici un article paru dans la presse en 1973, ainsi que deux de ses discours qu’il a bien voulu mettre à notre disposition pour ce livre. C’est aussi l’occasion de (re)découvrir sa verve légendaire. 

 

1973 - Quel vocabulaire adopter ? 

« Pour jouer valablement au scrabble, il convient de s’en tenir strictement à un vocabulaire commun, sans lequel ce jeu s’enliserait rapidement dans des discussions sans fin. La FISF a porté son choix sur le dictionnaire le plus courant : le Nouveau Petit Larousse illustré, éditions de 1973 et les suivantes. Tout mot, aussi évident que cela puisse paraître, dont on ne peut prouver l’existence par sa présence dans ce dictionnaire est refusé. Enfin, dernier détail, mais d’une importance capitale : au duplicate, tout nom commun qui n’est pas renseigné comme invariable par le dictionnaire peut prendre la marque du pluriel normal (à plus forte raison le pluriel irrégulier que le dictionnaire renseignerait !) ; tout verbe qui n’est ni défectif ni impersonnel peut se conjuguer à toutes les personnes, à tous les modes et à tous les temps, même les verbes essentiellement pronominaux. Cela a l’air d’aller de soi, mais cela permet des ouvertures de jeu absolument renversantes. » 

 

A suivre ...

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