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COMITÉ VAR ESTEREL DU SCRABBLE

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Histoire du scrabble 15 - Il était une fois ... le duplicate.

Histoires du Scrabble Publié le 7 mars 2026

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Il était une fois… le duplicate 

 

1968, une année particulièrement agitée en France où les citoyens franchissent le pas de la modernité, où les étudiants se mobilisent dans les universités, où les ouvriers sortent des usines pour manifester leur soif de liberté en battant le pavé, parfois même en les arrachant. C’est une ambiance révolutionnaire qui règne sur tout le territoire. 

Pendant ce temps, en Belgique dans le quartier paisible et résidentiel de Woluwe-Saint-Pierre, Myriam Fabri bouscule les règles d’un jeu fraîchement arrivé en Europe sous l’appellation « scrabble », entraînant quelques cinquante ans plus tard l’adhésion de dizaines de milliers de personnes. Cette variante du scrabble s’appellera « duplicate », par similitude avec le jeu de bridge en duplicate déjà existant, où tous les participants utilisent identiquement les mêmes cartes. 

Aujourd’hui, Myriam Fabri vit toujours en Belgique avec son mari. Elle nous raconte comment lui est venue cette idée qui révolutionna le monde du scrabble. 

 

« J’avais 30 ans et j’étais la maman de cinq garçons. Nos moments de détente en famille étaient précieux. Les chaînes de télévision étaient peu nombreuses, les émissions familiales rares et les ordinateurs inexistants. Les seuls téléphones que l’on connaissait (quand il y en avait) étaient collés au mur avec leur cadran percé de dix trous. Tout contribuait ainsi à passer le temps autour d’une table, à jouer, à rire, voire à râler, et même à tricher parfois. Seuls les ballons permettaient de s’échapper de la maison, mais jouer tous ensemble, partager tout ce qui fait le charme d’une famille unie, c’était surtout à table que cela se passait et pas seulement pour y manger. 

Par-dessus tout, c’étaient les mots que nous aimions, les découvrir, les écrire et souvent les corriger car le dictionnaire n’était jamais loin. Jongler avec eux était notre passe-temps favori. Le scrabble était présent, mais c’était surtout le soir, lorsque les enfants étaient couchés, que ce jeu prenait toute sa place. 

Entre mon mari et moi, jouer était sérieux, beaucoup de plaisir bien sûr mais c’était surtout l’esprit de compétition qui nous animait. Nous jouions alors tel que l’indiquait le règlement : cette méthode de jeu que l’on qualifie aujourd’hui de « classique ». Nous notions les points, les parties gagnées et parfois nous râlions, le perdant se plaignant de sa malchance au tirage des lettres : 

– Ah si j’avais eu comme toi le W ou le X avec une case triple disponible, ou tes lettres pour faire ce scrabble que tu n’as pas vu ! 

Dans mes moments perdus, j’avais l’habitude de passer une ou deux heures dans une petite maison de repos non loin de chez nous où je distrayais une douzaine de pensionnaires avec un vieux jeu de lettres allemand dont les cartes présentaient des lettres bien grandes et lisibles. Il suffisait de mélanger quelques cartes et de faire découvrir le mot qui s’y cachait. Un jeu simple mais ô combien apprécié. C’est en chipotant avec ces cartes que l’idée me vint d’éliminer le facteur chance de nos traditionnelles parties de scrabble classique. 

Dans un premier temps, mon mari et moi n’avions qu’un seul jeu. Nous étalions les sept lettres devant nous, sans les manipuler, tout en cherchant et en prenant des notes chacun de notre côté. Après trois minutes d’intenses mouvements oculaires, nous montrions à l’autre le mot trouvé et sa place sur l’aire de jeu. Nous notions alors le score de chacun et placions le mot le plus rémunérateur sur la grille. Mais ce manège ne pouvait pas durer bien longtemps. 

Très vite j’ai acheté un second jeu de scrabble, puis mon mari et moi avons dessiné plusieurs autres jeux nous-mêmes en utilisant des feutres indélébiles et des crayons de couleur sur de grands cartons rigides que nous avions ensuite plastifiés tandis que les lettres avaient soigneusement été découpées à la main. Ainsi équipés nous pouvions jouer avec un petit cercle familial ou amical, chacun ayant sa propre grille. Dès lors nous avons tous adopté ce mode de jeu et tout le monde y trouvait son compte. Nos amis étaient ravis de découvrir cette nouvelle façon de jouer car le hasard n’y avait plus sa place. Le scrabble duplicate était né. 

Cerise sur le gâteau, chaque nouveau tirage donnait le coup d’envoi d’un véritable match dans le match. Il n’y avait pas que le score final qui comptait, chacun pouvait prétendre à son heure de gloire lorsqu’il était le seul à trouver une solution, laissant ainsi sa trace sur la grille finale ! 

Deux ans plus tard, une amie de classe, Gaëtane, ayant entendu parler de cette façon originale de jouer, demanda si un de ses amis, Hippolyte Wouters, un avocat passionné de scrabble classique, pouvait venir découvrir cette nouvelle façon de jouer. 

Le jour de sa venue, le duplicate sortit de notre maison pour partir à la conquête du monde francophone. » 

 

M F

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