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Histoire du Scrabble : 9 - Un bon conseil.

Histoires du Scrabble Publié le 20 janvier 2026

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Histoires de scrabble : 9 - Un bon conseil

 
Un bon conseil.

Avec l’apparition du duplicate et des compétitions, il a été nécessaire d’utiliser des tableaux aimantés posés sur chevalets pour que chaque joueur suive le jeu. De format carré et d’une taille variant d’un à trois mètres de côté pour les plus grands, leur rôle était d’indiquer aux compétiteurs les sept lettres tout juste tirées ainsi que les mots formés au fur et à mesure. Cela permettait à chacun de vérifier qu’il avait bien agencé sur son propre jeu avec les solutions énoncées par l’arbitre. Nombre d’erreurs pouvaient ainsi être évitées, à condition de rester attentif, sous peine de récolter un zéro après avoir proposé une solution qui n’existait pas. La tenue de ces tableaux était bien souvent confiée à un des ramasseurs qui récupéraient les bulletins présentés par les joueurs.
Parfois, il arrivait que des parties soient interrompues par des chutes intempestives de tableaux, provoquant un vacarme étourdissant dans une salle qui jouait entièrement en mode silencieux. Non seulement le bruit de la chute en troublait plus d’un, mais en plus il fallait patienter le temps que l’on reforme la grille de jeu avec les lettres éparpillées sur le sol.
Et puis un jour…

C’était un mercredi de la fin des années 90. Mon épouse, Maryse, conseillère municipale de la ville de Vidauban, participait à l’habituel conseil municipal et, comme tout bon concubin et tout bon citoyen soucieux du développement de sa commune, j’étais présent. Le lieu était connu des scrabbleurs puisqu’il s’agissait de la salle polyvalente (près de la piscine). En plus des élus, une vingtaine de spectateurs tout au plus assistaient à ce conseil dont le thème principal était les finances de la commune. Je m’attendais à assister à une séance traditionnelle où les membres du conseil pourraient suivre les chiffres sur leurs documents tandis que le public essaierait de comprendre tant bien que mal en écoutant les comptes annoncés au micro. Au lieu de ça, la lumière de la pièce baissa et une grille où figuraient les chiffres qui allaient être commentés fut projetée sur un des murs blancs de la salle.
Bien sûr, aujourd’hui chacun aura compris qu’il s’agissait d’un simple vidéoprojecteur qui reproduisait fidèlement l’image d’un ordinateur. Mais à cette époque, c’était bien la première fois que je voyais ce que l’on pouvait considérer comme une révolution technologique. Et alors quoi ? Plus de transparents ? Plus de feuilles en plastique posées sur la vitre d’un projecteur classique ?
Pour moi, cette première rencontre avec un vidéoprojecteur fut un choc. Comment donc était-il possible d’arriver à un tel résultat ? Les chiffres et les tableaux dansaient instantanément sur le mur sous la simple pression du doigt de l’employé municipal. Ce fut comme un flash dans ma tête et, aussitôt la fin du conseil, je me précipitai vers le préposé pour lui demander comment il arrivait à un tel résultat.
– C’est tout bête, me répondit-il, je branche l’ordinateur sur cet appareil et les images se projettent sur le mur.
J’étais réellement ébahi ! L’idée qui avait jailli en moi était tellement révolutionnaire à mes yeux que je lui demandais de me confirmer ce que j’espérais.
– Mais alors, tu peux tout diffuser sur le mur ? lui demandais-je naïvement.
– Bien sûr.
– Même un tableau Excel ?
– Mais oui, tout ce qui est sur l’écran de ton ordinateur.
Ce jour-là l’idée était née, mais je pris mon temps et évitais de m’enflammer. J’attendis le lendemain, un jeudi, et de retour de mon travail je me suis installé devant mon ordinateur de bureau. J’ouvris un fichier Excel et formais un carré de quinze cases sur quinze. J’en coloriais quelques-unes en rouge, d’autres en rose et enfin d’autres en bleu. J’ajoutais une barre verticale sur la droite où sept cases étaient tracées. La première grille de scrabble pour écran géant était née ! Restait à en vérifier la fonctionnalité, grossir les lettres utilisées comme jokers, voire même les mettre en rouge… et le tour semblait joué.

Le lendemain, mon épouse demanda aux services de communication de la mairie d’installer dans une salle communale le vidéoprojecteur découvert deux jours plus tôt. Car justement, nous organisions un tournoi de scrabble dans cette salle ce weekend-là. Un essai technique le samedi matin confirma que tout fonctionnait à merveille : un tableau géant de quatre mètres de côté était bien lisible sur le mur face aux tables des joueurs.
L’après-midi, la compétition allait commencer : un tournoi de duplicate en paires. Chaque équipe disposait de deux minutes pour trouver la solution la plus rémunératrice, l’inscrire sur un bulletin et remettre celui-ci au ramasseur. Le suivi de la partie grâce à la nouvelle projection à la place du traditionnel tableau, ne sembla pas gêner les joueurs, au contraire même, ils ont immédiatement apprécié ce nouveau fonctionnement. Mais à ce moment, personne ne pouvait imaginer que cela représenterait plus tard une évolution technique…

Mais revenons à la partie. Au bout d’une dizaine de coups, j’annonce le top :
– Vous jouez pour… 27 points.
Énorme bronca dans la salle. Qu’arrive-t-il ? Je regarde mon ordinateur, il me donne un top à 27 points. Je regarde mon autre ordinateur qui projette la grille, j’ai bien annoncé les bonnes lettres. Que se passe-t-il ? Je descends de l’estrade… les commentaires continuent parmi les tables. Je vérifie auprès de mon épouse.
– Tu as bien 27 points ?
– Oui, me répond-elle d’un ton également inquiet.
Je retourne alors au micro et je confirme mon annonce. Ce jour-là, plus de la moitié des joueurs a pris un zéro pour s’être permis d’écrire RELIRENT sur leur bulletin-réponse, trop désireux d’obtenir les 131 points d’un improbable nonuple. S’ils n’avaient pas été aussi ambitieux ils auraient admis que c’est RELURENT qui était valable. Plus de la moitié d’une salle au tapis, et en plus en paire, un record ! Et une belle frousse pour moi.

Et la nouvelle grille alors ? Rapidement, elle a été mise en place dans toutes les épreuves organisées dans notre comité. Petit à petit, tous les clubs de scrabble de France se sont équipés d’un vidéoprojecteur et la Fédération a créé une grille électronique officielle. Entretemps, je m’étais aperçu que les joueurs de mon comité, habitués à cette nouvelle pratique, avaient de meilleurs résultats sur les parties jouées en simultané : 60 % d’entre eux obtenaient leur qualification là où la moyenne nationale était de 50 %. En effet, il s’est avéré que le nouveau tableau électronique permettait de réduire les erreurs des joueurs et de réduire le nombre de bénévoles astreints à la tenue des tableaux classiques… qui du coup, ne perturbaient plus les parties en tombant accidentellement à terre. Cela a donc amélioré les performances générales des joueurs, diminuant ainsi leurs erreurs de lettres ou de grilles, tout en garantissant leur concentration.
Il aura fallu attendre 2024 (si si !) pour que les principales épreuves fédérales se jouent intégralement avec des tableaux électroniques.
Décidément c’était un bon conseil… municipal.

Thierry HauwTHAUWETOUT.png


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