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Histoire du Scrabble : 8 - Where is the boat ?

Histoires du Scrabble Publié le 6 janvier 2026

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Histoires de scrabble : 8 - Where is the boat ?

 

Qui ne s’est jamais trompé en tirant ses lettres ? Et qui n’a jamais enragé en en subissant les conséquences ? Au mieux, passer à côté du top en proposant un mot moins rémunérateur sans l’inopportune lettre ; au pire, la jouer et recevoir un zéro ! Heureusement, la contrariété ne dure que quelques instants jusqu’au tirage d’après où nécessairement la concentration revient à son maximum. Mais une erreur de lettre peut avoir des conséquences bien plus fâcheuses, comme je vais vous le raconter.

 

C’était la mi-septembre. Le club de Draguignan organisait son assemblée générale annuelle à Callas, un magnifique petit village entouré de vignes et d’oliviers dans le centre du Var. Notre présidente, Josette,  avait choisi de réserver une salle dans un centre de loisirs en bordure du village, où nous avions organisé quelques tournois l’année précédente.

L’endroit, presque totalement vidé de ses vacanciers, était agréable et avait l’avantage de disposer d’un grand parking où la vingtaine de membres du club pouvait se garer facilement. Il y était aussi proposé un service de restauration dont nous avons joyeusement profité après la réunion. Vers 22 H 00, mes amis du club commençaient à partir les uns derrière les autres. Je leur emboîtais le pas, récupérais ma voiture et me mis en route. La nuit était tombée depuis peu, la visibilité était bonne, il n’y avait quasiment personne sur ces routes le soir, dans vingt minutes je serais arrivée chez moi.

 

Peu après la sortie du village, sur une grande ligne droite, j’aperçus à environ 200 mètres devant moi, une grosse berline grise du genre allemande, arrêtée sur le bas-côté, warnings allumés. Le conducteur passait son bras par la fenêtre et, me voyant approcher, me faisait signe de m’arrêter. Instantanément, j’ai pensé qu’il s’agissait d’un de mes amis partis avant moi qui devait avoir un problème (je dois avouer à ce stade que je ne connais pas les voitures de tous mes amis du club !). Alors, sans hésiter, je me suis arrêtée à sa hauteur, prête à jouer les bons samaritains.

Le conducteur de la berline descendit de voiture et je ne le reconnus absolument pas ! D’une trentaine d’années environ, l’homme, grand, costaud, avec une barbe de plusieurs jours, s’approcha et me fit signe d’ouvrir ma vitre côté passager. Dans un moment de prudence, et aussi un peu de défiance, je fermais toutes mes portes à clé. J’hésitais à baisser ma vitre… Il insistait sans bouger. Je vis derrière lui dans la berline, un autre homme assis côté passager qui m’ignorait complètement tant il était occupé à lire une immense carte routière, comme je n’en avais pas vue depuis vingt ans. Finalement, pleine de courage, j’ouvris ma vitre (gardant quand même mon moteur allumé, on ne sait jamais). Avec un fort accent, l’inconnu me dit en anglais :

– Where is the boat?

Je restai quelques secondes interloquée. Je maîtrise pourtant bien l’anglais mais avais-je bien compris sa question ? Il cherchait un bateau ? Ici au milieu des vignes ? Alors je lui répondis :

– A boat? There is no boat here.

– Yes the ferry, insista-t-il.

– A ferry ? You must go to Marseille.

– No Marseille. The ferry to go to England ?

Mais que me chantait-il là ? Un ferry, ici en Provence pour aller en Angleterre ? Ça ne collait pas vraiment…

– To go to England, you must take the ferry at Calais, lui expliquais-je.

– Yes Calèse. Here !

Et il me montra son smartphone où il avait rentré la ville de Calais comme destination… et je compris tout. Non seulement il avait remplacé le « i » de Calais par un « l » mais en plus, il avait mélangé les lettres ! Le malheureux tournait donc en rond dans les vignes de Callas à la recherche d’un port.

– Calèse is not here. Here it’s Callaaaaasss, lui dis-je en insistant sur la prononciation. Give me your mobile.

Il me tendit son téléphone sur lequel je rentrai la bonne destination. Le trajet se recalcula instantanément selon un long axe sud-nord qui coupait la France en deux. L’homme regarda son écran et avec un air désemparé, il me demanda :

– Is it far from here ?

Bien sûr que c’est loin imbécile, avais-je envie de lui dire, c’est marqué dessus ! Mais je pris pitié de lui car il avait l’air de plus en plus malheureux. Je lui répondis juste de manière factuelle :

– About 900 km. One day more. You must go to Paris first.

Un jour de plus ? Passer par Paris ? Mais qu’est-ce que je ne lui avais pas annoncé là ! L’homme était complétement assommé. Je lui aurais dit de passer par le pôle Nord ça lui aurait fait le même effet. Car, comme il me l’expliqua sur un ton larmoyant et fatigué, lui et son ami venaient de traverser en voiture une partie de l’Autriche et tout le nord de l’Italie…

Je n’ai pas su quoi lui répondre… Il a tourné les talons, s’est rassis au volant de sa grosse berline et est reparti. J’ai fait de même. Mais moi, un quart d’heure plus tard j’étais arrivée à destination.


Patricia Vezzoli - Club de Draguignan

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