Histoires de scrabble : 10 - Les crustacés
Festival du Touquet, il y a… longtemps !
À l’occasion de ce festival, je ( Marie-Ange Neugebauer) me lie d’amitié avec quelques membres du club de Dieppe. Nous décidons d’aller ensemble à une « soirée crustacés » dans un restaurant du coin. Je m’assieds à table et, à la vue des couverts, je commence à me poser des questions. Huit ustensiles (quatre à droite, quatre à gauche) s’alignent près de mon assiette. Qu’est-ce que je vais faire de tous ces trucs ? Dans ma Lorraine natale, on mange avec un couteau et une fourchette. Point ! Je devais avoir l’air ahurie car les Dieppois me regardaient bizarrement…
Un énorme plat de crustacés arrive sur la table (nous étions huit) au milieu duquel trône une énorme araignée de mer entourée de crabes, crevettes, huîtres, bulots, ormeaux, oursins, etc. J’analyse la situation : il y a les bébêtes de toutes sortes, les ustensiles de toutes sortes… et les Dieppois qui m’observent sournoisement. Pas de problème, je n’ai qu’à attendre qu’ils commencent et je ferais comme eux.
– À toi l’honneur, Marie-Ange.
– …
– Tu n’aimes pas les crustacés ?
– Si si, répondis-je.
Ils attendent… Je me sers, plutôt maigrement, histoire de ne pas trop me compliquer la tâche dès le départ. Heureusement, comprenant mon désarroi, ma voisine de droite me donne quelques rudiments salvateurs.
– Celui-ci pour les ormeaux, celui-là pour les bulots…
Sauf que mon voisin de gauche intervient :
– Mais non ! C’est celui-là pour les ormeaux !
Tout le monde s’en mêle. Ils entrent tous dans des explications savantes, plus contradictoires les unes que les autres… Là, c’est moi qui jubile et je prends finalement mes doigts pour déguster toutes ces bonnes petites choses. Mais tout à coup arrive la question qui tue :
– À ton avis, Marie-Ange, l’araignée de mer, c’est un mâle ou une femelle ?
Décidément les Dieppois ont l’art de vous mettre à l’aise ! Je regarde la grosse bête, la tourne, la retourne, la tâte de la tête aux pattes, lui caresse le ventre (des fois qu’il y ait une réaction), lui chatouille les « papattes », tout cela sans rien trouver de bien mâle. Tout le monde rit. Moi, je cherche et ne trouve rien de révélateur. J’en conclus donc que c’est une femelle.
– Eh bien non, c’est un mâle ! Il a des gants de boxe ! s’exclame un de mes amis local.
En effet, j’aperçois deux renflements au bout de deux de ses pinces antérieures qui contiennent (je l’apprends) ses organes copulateurs. Inutile de vous dire que mes recherches ont provoqué l’hilarité générale et que moi-même je me suis bien amusée.
J’ai tout compte fait très bien mangé et passé une excellente soirée. Bises aux Dieppois qui se souviennent de moi.
Marie-Ange Neugebauer.

