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COMITÉ VAR ESTEREL DU SCRABBLE

Actualités, Compétitions et Passion du Scrabble

Histoire du Scrabble : 7 - Les 7 mercenaires.

Histoires du Scrabble Publié le 7 janvier 2026


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En ce 7 janvier, la septième de nos "plus belles histoires du Scrabble" , en phase avec notre actualité neigeuse … :

Les 7 mercenaires


Mars 2018, nous sommes 7 membres du club de Vidauban à quitter la Provence pour nous rendre au Championnat de France de Scrabble Classique organisé cette année-là à Montmorency, en banlieue parisienne. Ce n’est pas que nous soyons frileux nous les sudistes, mais c’est tout de même un minimum que de prendre connaissance des conditions climatiques dans lesquelles nous allons effectuer notre séjour. La météo n’est pas franchement favorable et même nettement pessimiste : il va faire froid là-haut. Pas de chance, chez nous le printemps est déjà arrivé, les oiseaux chantent si tant est qu’ils se soient tus en hiver, et les arbres bourgeonnent. Le mimosa a par ailleurs déjà fini d’illuminer nos paysages méditerranéens.
Le train sera notre moyen de transport. Du moment qu’il nous mène à bon port, et si possible à l’heure, c’est le plus pratique et surtout le moins fatigant pour une équipe qui, reconnaissons-le, n’est pas composée que de jeunes. Direction la Gare d’Eurodisney. En tant que responsable du groupe, j’ai opté pour une solution particulièrement économique puisque le billet coûte seulement dix euros. Une aubaine ! Il suffira à l’arrivée de louer un véhicule qui nous conduira à destination. Pas de souci, j’ai tout organisé : les inscriptions, les transports et l’hébergement.
Autant dire que dans le wagon, les 7 bons vivants que nous sommes se font un peu remarqués, mais nous veillons à ne pas troubler nos voisins. Nous nous contentons de peu, nous jouons au scrabble classique et nous nous satisfaisons de quelques commentaires sur la tactique ou le choix des mots. Le train entre en gare de destination à onze heures. Effectivement il ne fait pas chaud mais nous étions prévenus et habillés en conséquence.
– Attendez-moi ici, je vais récupérer la voiture de location et je vous retrouve. Ça ne devrait pas me prendre plus d’une demi-heure et la navette est déjà là pour m’emmener au bureau de location.
Étrange sensation de solitude que de me retrouver seul dans le bus au milieu d’inconnus tandis que mes amis sont partis boire une boisson chaude. Le bus démarre, le ciel est gris. Destination un hôtel où je vais pouvoir récupérer la voiture de location. En route, nous croisons une file de voitures, une longue file, une très longue file même. La faute à des travaux de voirie qui génèrent un bouchon. Un bouchon un samedi ? Ça ne doit tout de même pas être fréquent et je plains ceux qui doivent se rendre à la gare.
Au bout de dix minutes le bus arrive à l’hôtel, je descends et c’est là que les ennuis commencent. Je trouve le bureau de location sans difficulté mais un petit mot y est affiché : « Je suis absent pour quelques minutes, j’ai emmené un client à la gare ». Je comprends que l’auteur du billet est coincé dans l’embouteillage et de plus, je ne suis pas le premier à l’attendre.
Plus d’un quart d’heure passe. La file des clients en attente s’allonge. Nous décidons d’aller nous renseigner à la réception de l’hôtel où l’hôtesse d’accueil ne peut nous fournir aucune information. Il faut attendre.
Me rendant compte que la situation risque de durer et que mon idée de récupérer mes 6 amis n’est plus envisageable, je les contacte.
– Abandonnez l’idée que je vienne vous chercher, procurez-vous de quoi manger et prenez la prochaine navette pour me retrouver, nous n’avons qu’une heure et demie pour rejoindre la salle.
Un quart d’heure plus tard le responsable du service de location arrive enfin. Le temps de faire les formalités nécessaires, je récupère les clefs du véhicule. Mais le loueur ne peut pas m’accompagner car trop de monde attend encore et moi je n’ai pas le temps pour les procédures. De toute façon ce n’est pas la première fois que je loue une voiture et mes amis sont arrivés.
Nous récupérons une grande voiture avec trois rangées de sièges. Autant dire que les 2 personnes assises au fond sont dans le coffre ! Cela crée une ambiance volontiers enfantine : les rires et les jeux de mots fusent et tout le monde se sent prêt à affronter les adversaires du scrabble quand nous arriverons car il ne faut pas traîner.
Et puis, le tableau de bord de la voiture est une véritable discothèque. Des lumières s’allument partout : jaunes, oranges, bleues, vertes ou rouges. Pas le temps de faire l’inventaire. Gilles me sert de copilote et on fonce. On devrait arriver pile à l’heure.
Très rapidement une sensation de chaleur m’envahit. Chouette, j’ai un siège chauffant ! Par le temps qu’il fait dehors, je me dis que c’est un vrai confort. Mais dès les premiers kilomètres, j’ai l’impression d’être une brochette. Mon fessier se consume littéralement ! Je le dis à mes amis, ce qui provoque l’hilarité générale. Mais ça chauffe vraiment.
– Gilles fais quelque chose, je brûle !
C’est tellement insupportable que je dois me décoller du siège. Heureusement, Gilles trouve enfin le bouton salvateur. Ouf ! Je peux me remettre à conduire en toute sérénité. Comment peut-on concevoir des voitures où les chauffeurs servent de barbecue ?
Cependant depuis notre départ, j’observe que tous les feux tricolores sont au rouge et nous obligent à nous arrêter quatorze fois ! Un peu ça va, mais lorsque l’on est pressé d’arriver et que l’on a en permanence l’œil rivé sur l’horloge, on se dit que le destin n’est pas notre ami. Heureusement, les deux derniers feux sont au vert et nous traversons Montmorency sans ralentir. Je décide quand même de contacter un organisateur du tournoi pour lui dire que nous arrivons au sprint, il me rassure en me disant que nous ne sommes pas les seuls retardataires. Soudain, le warning se déclenche. Personne n’y a touché pourtant !
– Gilles, trouve le bouton, il faut absolument arrêter ça !
Mais le tableau de bord est un véritable festival lumineux. Où arrêter ce fichu warning ? Tout le monde regarde, tout le monde cherche. Et au bout de deux kilomètres en plein centre-ville on parvient enfin à le trouver. Il y a d’autres façons d’être discrets.
Et voilà qu’il se met à neiger maintenant ! On n’y arrivera jamais ! Et bien entendu l’accumulation de nos déboires entretient une ambiance de moqueries et d’éclats de rire. Enfin, l’arrivée sous les flocons ne nous dérange pas car le parking est couvert. Mais dans une manœuvre un peu délicate j’accroche l’arrière droit de la voiture avec un plot un peu trop discret. Pas le temps de se lamenter, on file à la salle. Allez le plus dur est fait, nous sommes arrivés, on peut jouer… enfin pas tout à fait.
Le tournoi se déroule sur deux jours dans un gymnase scolaire qui a été mis à notre disposition. Le cadre n’est pas grandiose et une vitre cassée laisse entrer la neige. Nous devions commencer avec juste un peu de retard, le temps que tout le monde arrive, mais voilà que l’un des joueurs fait un malaise à la suite d’un accident de voiture survenu près de la salle. Son malaise est suffisamment grave pour entraîner l’intervention des pompiers qui décident d’emmener notre ami. Il ne disputera que les parties du lendemain.
La compétition débute très tardivement donc, mais le temps perdu est rattrapé le lendemain en démarrant les épreuves une demi-heure plus tôt. Cette deuxième journée se déroule de la meilleure des manières. Nous prenons des photos du paysage enneigé et la compétition se passe sans heurt dans une ambiance chaleureuse. C’est toujours ça.
Vient l’heure du repas : des plateaux fournis par un traiteur local. Difficile de décrire ce qu’il y a dedans. Une pomme de terre froide, une tranche de viande froide et de mémoire, une madeleine. Peut-être un fruit, je ne sais plus. Disons que nous restons sur notre faim.
La compétition se poursuit, victoires pour les uns et nécessairement défaites pour les autres mais toujours dans cette ambiance si amicale qu’elle donne l’impression qu’on est une bande de copains qui jouent et se disputent les quelques titres nationaux.
L’heure avance, il est temps de penser au retour car le train, au départ de Paris cette fois, ne nous attendra pas. Je bâcle ma partie et je me dépêche de rejoindre la voiture. Mais nous ne sommes que quatre, tout le monde n’a manifestement pas compris l’urgence de rejoindre la gare. Gilles se propose d’aller chercher les retardataires. À peine est-il parti que les voici qui arrivent par un autre chemin. Nous nous empressons d’appeler Gilles au téléphone mais la communication ne passe pas dans le bâtiment en béton. Arrivé dans la salle, il cherche partout et ne trouve évidemment pas nos amis. Abandonnant, il revient vers nous en courant et découvre que nous sommes enfin au complet. Partons vite.
Partons vite… oui mais un dimanche après-midi alors que la neige vient de s’arrêter de tomber, c’est la prudence qui est de mise. Visiblement nous allons rater notre train Gare de Lyon, surtout qu’il faut rendre la voiture bugnée. Heureusement le hasard, appelons-le comme ça, fait bien les choses. Car arrivé enfin en gare, je stationne le véhicule dans un parking souterrain où l’arrière du véhicule est inaccessible et donc invisible. Tant pis pour la moralité. Pas le temps.
Nous arrivons face au quai : le train est déjà parti. Nous devons donc acheter sept nouvelles places plein tarif (93 euros chacune de mémoire) pour le train suivant. Une heure plus tard, nous montons dans notre wagon où nous retrouvons par surprise des joueurs amis d’un club voisin, un peu moqueurs avouons-le.

Thierry Hauw

Cette épopée montmorencienne nous a tellement marqués qu’aujourd’hui encore nous nous en parlons en en riant toujours autant.



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