Le
scrabble réinvente la guillotine
Pour une meilleure compréhension du texte, il est nécessaire de rappeler que le duplicate se joue individuellement, chaque joueur ayant un jeu de scrabble et disposant généralement de trois minutes pour trouver la solution optimale. De ce fait, tous les participants sont assis à une table individuelle en direction de l’estrade où se trouve l’arbitre.
C’était un beau matin de septembre aux Issambres (Var) aux bords de la Méditerranée. Le centre de vacances venait à peine de se libérer de sa nuée de locataires saisonniers que les scrabbleurs avaient, à leur tour, envahi l’espace. Début septembre, c’est le temps des retrouvailles pour tout ce petit monde qui se fréquente et s’affronte dans des joutes amicales. Chacun ayant pour objectif initial de ne pas trop mal jouer avant de songer à vaincre les autres.
Comme d’habitude l’organisatrice, Nicole Counotte, avait réservé les tables du premier rang aux joueurs qui pour différentes raisons, souvent médicales, ont besoin de se placer au plus près de l’écran sur lequel est projetée la grille de jeu qui évolue au gré des coups joués et des solutions annoncées par l’arbitre.
Quelques minutes passent, chacun se concentre sur le coup en cours et le silence est total dans la salle. La concentration est telle que le moindre bruit peut en troubler certains et tous, de ce fait, s’emploient à réfléchir dans un silence que l’on qualifie souvent de cathédrale.
Mais il fait chaud dans cette salle. Le nombre de joueurs présents augmente encore plus cette sensation de chaleur, tandis que dehors le soleil poursuit sa course vers le zénith. L’arbitre de la salle prend la bonne initiative de descendre de son piédestal pour ouvrir les deux portes latérales, ce qui, à la grande satisfaction des joueurs, provoque un agréable courant d’air car le vent marin léger s’est levé. Ainsi, les rideaux se soulèvent doucement au rythme des risées.
Au premier rang, une joueuse se penche sur sa grille de jeu, réfléchit et se redresse un peu. C’est à ce moment-là que le vidéoprojecteur situé trois mètres au-dessus d’elle choisit de tomber. Passant à quelques petits centimètres de la joueuse, il tombe sur sa grille et la perfore, tel un véritable couperet qui rappelle le bon vieux temps de la guillotine !
La dame se rendant compte de ce à quoi elle vient d’échapper fait un léger malaise. Les autres participants comprennent facilement ce qui vient de se passer car le bruit de l’écrasement du matériel et la disparition de l’image sur l’écran donnent très vite une explication à tous.
C’est une rafale de vent qui a provoqué la chute de l’appareil qui était non seulement mal fixé mais qui en plus, été placé en équilibre instable sur un plan incliné. Il n’en fallait donc pas beaucoup pour que le vent provoque le drame. Seuls, deux câbles pendant au plafond indiquent que l’appareil a été ralenti dans sa chute et chacun comprit que la pauvre joueuse avait heureusement échappé à un accident tragique par le plus grand des hasards.