
La troisième de nos "plus belles histoire du Scrabble" :
Elle n’était pas verte ma vallée par Thierry Hauw
C’est toujours un plaisir de voir un jeune participer à nos compétitions de scrabble en duplicate. Olivier Bernardin, du club du Lavandou, était alors âgé d’une quinzaine d’années et il était aisé de voir en lui un futur excellent joueur. Ses deux titres de champion de France des jeunes n’allaient, d’ailleurs, pas tarder à le confirmer.
Ce jour-là, le fait de me retrouver assis à côté de lui m’avait permis de sympathiser quelque peu, de mieux le connaître (d’autant plus qu’il était licencié dans un club de ma région), et de juger de sa passion du scrabble. La partie se déroulait en toute quiétude. Trois minutes pour proposer une solution et je m’empressais d’écrire un bulletin. Tandis que tous les deux nous levions chacun le bras pour tendre notre papier au ramasseur, il me dit discrètement (Ah zut, j’ai oublié qu’on ne doit pas parler pendant une partie de duplicate …) :
– Tu l’as ?
– Quoi ? lui répondis-je.
– Le scrabble.
– Ben non.
– Regarde le tableau.
Mes yeux se posèrent alors sur le chevalet où étaient placées les lettres du tirage. Moi j’avais joué VALLEE et j’en étais satisfait. Avec horreur je lus les lettres dans l’ordre du tirage : A-L-V-E-O-L-E. Consternant ! Je n’avais pas pris le temps de consulter le tableau et un scrabble ultra-facile m’avait échappé. Autant dire que j’étais rouge de colère envers moi-même. De colère peut-être, si ce n’était de honte. Me faire dicter la loi par un gamin !
On pourrait se dire que cette erreur s’est souvent produite pour certains joueurs et qu’elle n’a rien de remarquable. Oui mais ça, ce n’était que le premier acte de la dramatique…
Il aura fallu deux ans avant que je ne me retrouve une nouvelle fois assis à côté d’Olivier. C’était à Brignoles, lui à la table 1, ce qui marquait sa prédominance sur ses adversaires du jour, tandis que je me trouvais à la table 10 qui, le hasard faisant bien les choses, était la table voisine de la table 1. Quelques discussions avant le début de la partie et la compétition commença. Je dois avouer que j’avais oublié ce qui m’était arrivé deux ans plus tôt. Et voici donc que vient un nouveau tirage de lettres. Trois minutes de réflexion, je rédige un bulletin et je te tends au ramasseur.
– Cette fois-ci, tu l’as ?
L’espace d’un éclair, je regarde le tableau, il y avait VALLEE que j’avais joué encore une fois mais, derechef, j’avais laissé le O.
Y a-t-il un informaticien qui puisse me calculer la probabilité qu’il existe, lorsque l’on joue deux fois à côté d’un joueur en l’espace de deux ans, pour que deux tirages soient identiques… et que le moins futé des deux rate deux fois le même scrabble ? Cela doit être énorme !
N’empêche que nos chemins s’étant éloignés (et pas qu’un peu puisqu’Olivier est parti vivre au Québec mais reste fidèle occasionnellement au scrabble), lorsque l’occasion s’est présentée de nous revoir, nous avons toujours eu ce souvenir en commun. Et lorsque le top d’un coup est ALVEOLE je ne le manque plus… du moins pour l’instant. Et je me suis promis que si le destin devait m’amener à jouer encore une fois à côté d’Oliver Bernardin, je rédigerai un bulletin en avance. Vous savez ce que j’écrirai.